Les chiens loups séduisent mais gare à leur instinct

“Les chiens loups séduisent mais gare à leur instinct”
Par Yseult Théraulaz

Par leur ressemblance avec les loups, ces animaux suscitent la fascination ou la peur des ceux qui les croisent. Ils ne sont pas dangereux, mais difficile à éduquer. Rencontre sur les hauts de la ville.

Lorsque l’on sonne à la porte de Claude, un jappement rauque parvient de l’autre côté de la clôture. Le propriétaire, qui vit à deux pas de la forêt, nous ouvre et l’on voit s’approcher du grillage trois magnifiques loups. C’est du moins ce que l’on pense en voyant les bêtes au pelage gris-blanc.

Ils peuvent parfois apeurer le voisinage. Un animal retrouvé mort dans le quartier et ils sont les coupables désignés. En réalité, ces trois bêtes impressionnantes sont des chiens-loups. Les deux mâles sont de la race de Saarloos, et la femelle est une chienne-louve tchèque. «Il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils aient un comportement de chien, explique l’heureux propriétaire d’Eki, d’Ebel et de Jack. Ils ne sont pas dangereux pour l’homme, mais ce sont des bêtes instinctives.»

En balade dans la forêt, ils évitent les situations stressantes en s’éloignant. «Ils reviennent toujours, je suis le mâle alpha et nous formons une meute.» Jack, le jeune de 3 ans, a d’ailleurs de la peine à accepter dans la famille la journaliste qui s’est invitée ce jour-là. Sans montrer d’agressivité, il ne la quitte pas des yeux, lui faisant comprendre qu’elle est tolérée dans la meute. Les promeneurs sont pour la plupart fascinés par ses faux loups qu’ils pensent être vrais.

Marie Majkowiez, présidente du Club suisse de chiens-loups de Saarloos, explique: «Le loup est l’ancêtre du chien. En créant ce type de race, on a, d’une certaine manière, fait un pas en arrière dans le processus de domestication. Même s’il reste faible, le peu de bagage génétique provenant de leurs lointains ancêtres a une incidence énorme.» La jeune femme, qui possède actuellement cinq saarloos, déplore le comportement de certains propriétaires qui pensent en faire des toutous d’appartement: «Depuis six ans que je fais de l’élevage de saarloos, j’ai replacé plus d’une dizaine de chiens abandonnés car non conformes aux attentes de leurs détenteurs. Le saarloos ne se dresse pas, mais il est tout à fait éducable. C’est lui qui vous apprivoise, et non le contraire.»

Parmi les traits de caractère de cette race apparue au milieu du XXe siècle: la méfiance et l’instinct de prédateur. «Il n’est pas dangereux pour l’homme, mais en forêt il va forcément chasser les animaux qu’il voit courir. Ça pose un problème avec le gibier ou la volaille.»

L’autre race qui plaît aux amoureux des bêtes sauvages est celle des chiens-loups tchèques, créés par l’armée de ce pays pour garder les frontières. «Ils ont besoin de faire énormément d’exercice et leur maître a intérêt à avoir du répondant», précise Marie Majkowiez.

Elle insiste sur le fait que ce type de chien n’est pas heureux s’il est seul. «Idéalement, il faut en prendre deux, si possible de sexes opposés. Un chien d’une autre race et d’un gabarit similaire peut parfaitement faire l’affaire.» Claude confirme: «Lorsque j’ai pris Eki, je n’avais qu’une chienne berger allemand. Le duo s’entendait à merveille. Lorsqu’elle est morte, mon saarloos s’est laissé dépérir. J’ai donc pris Ebel, la femelle tchèque, et Eki a recommencé à se nourrir.»

Pas adapté à n’importe qui

De l’espace, du temps, de l’activité et beaucoup de patience sont des atouts indispensables à chaque futur propriétaire de chiens-loups. «Prendre ce type d’animal est une expérience à réserver à un petit nombre. Le chien-loup ne supporte ni la solitude ni la brusquerie, il déteste les changements et a besoin de calme, précise l’éleveuse. Lors de son arrivée dans une famille, il risque bien de ronger les meubles et les chaussures, d’être terriblement malade en voiture et même, parfois, de ne s’attacher qu’à un seul membre de la famille. Il risque de chasser et de fuguer si ses conditions de détention sont inadaptées. Mais ce sont des bêtes formidables, qui nous rendent humbles vis-à-vis de la nature et qui nous apprennent beaucoup de choses sur nous-même.»

Encadré : Pas besoin d’autorisation spéciale

Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal vaudois, insiste sur le fait que les chiens-loups tchèques ainsi que les saarloos sont des chiens avant tout. «On peut donc les détenir comme n’importe quelle autre race. Seuls les amstaffs, les rottweilers et les pitbulls sont soumis à une autorisation spéciale et leurs propriétaires doivent suivre des cours obligatoires.» Et de poursuivre: «Historiquement, les saarloos et les chiens-loups tchèques sont issus d’un croisement entre bergers allemands et loups, mais les individus que l’on trouve dans les élevages agréés sont issus de lignées de chiens-loups domestiques.» Impossible dans le canton de Vaud de faire s’accoupler un loup sauvage avec un chien. «Nous ne délivrons pas d’autorisation dans ce sens.» Avant d’accueillir un chien-loup dans son foyer, Giovanni Peduto préconise de bien réfléchir au contexte dans lequel évoluera l’animal et si le mode de vie de la famille peut lui convenir. «Je recommande vivement au futur propriétaire d’aller visiter un élevage, de discuter avec un spécialiste des besoins de ce type d’animal et de ne pas se laisser séduire par une annonce sur Internet pour une bête à prix cassé.»

24 heures, 09.05.2017

http://www.24heures.ch/vivre/chiens-loups-seduisent-gare-instinct/story/15227726